Je suis surpris de l’engouement pour cette histoire de crapaud fou (exemple ici http://hyperrepublique.blogs.com/public/2008/06/la-thorie-du-cr.html).
L’histoire pour être bref est que tous les carpeaux vont dans la même marre sauf quelques illuminés dont la plupart périssent qui essayent d’aller ailleurs. Quelques uns vont y arriver avec succes. Ce qui assure la survie de l’espèce.
Il y a cette idée reposante pour la masse que l’innovation vient uniquement de fous … et c’est bien ce point qui me gène !
A cette image que je considère au mieux comme médiocre au pire comme nuisible, je préfère celle du nomade. J’ai déjà essayé de décrire ce mode de fonctionnement. Les vrais nomades acceptent de se déplacer en environnements incertains, acceptent d’avancer et reculer, doivent faire preuve d’ingéniosité, … ce sont des valeurs, elles sont donc par essence généralisables, ce qui n’est pas le cas de la folie.
J’aimerais bien connaître le nombre d’invention venant de fous … je pense assez peu. Beaucoup par contre viennent de personnes avec une vision, un idéal et parfois une utopie. Ce ne sont pas des fous qui essayent quelque chose d’idiot et qui misent sur la chance.
Une autre idée est à creuser, c’est le partage de l’innovation, sa diffusion. Les nomades par leur fonction même (se déplacer) bougent et donc propagent. Innover est une chose, propager l’innovation une autre. Lorsque l’on se mettra a copier ce qui marche déjà, l’innovation fera un gros progrès dans l’entreprise. Cela est vrai dans l’informatique mais aussi le management (1).
Cette vision est à l’opposée de la vision industrielle classique consistant au contraire à rendre prédictible, à chasser l’incertain et donc tuer l’innovation. C’est miser sur les individus plutôt que le groupe …
dire que l’on va essayer quelque chose c’est rentrer dans l’anormal. Il est intéressant de voir les termes banit dans une entreprise (il faudrait que les moteurs de recherche fassent quelques stats la dessus) : essayer, explorer, …
Un nomade commence par explorer, éventuellement plusieurs chemins même après en avoir trouvé un s’il pense qu’il en existe un plus court avant de faire passer la caravane.
L’approche actuelle est de prendre le cas le pire, de ne pas explorer mais avancer en ligne droite. Généralement, par manque d’anticipation des impasses, le cas le pire peu en fait s’avérer optimiste.
L’amélioration de la capacité a innover ne viendra pas de la multiplication des fous (ce que peu de boites feront de toute manière) mais par l’acceptation des valeurs nomades … par une certaine fin du taylorisme, par une fin de la dictature de la ligne droite.
Le mythe du labyrinthe doit revenir … seuls les sages comme l’ingénieux Thésée ou le génie dédale arrivent a ce sortir du dédale construit par Minos. Les fous y sont condamnés.
Le changement est donc bien plus radical que ne le suggère le crapaud fou, c’est peut être aussi pour ca que ca plait … pas de changement à faire !
Prenons encore un peu de recul, jamais nos sociétés n’ont été autant éduqués … et ce phénomène est mondial. Pourtant jamais on a autant essayé de réduire autant l’intelligence humaine… c’est comme si les entreprises voulaient des machines ! On ne veut pas de personnes intelligentes, on veut des processus ou outls qui permettent de se passer d’eux, on veut du prévisible, de la ligne droite (quitte a ce que ça soit la solution la plus chère …)
Ce paradoxe ne tiendra pas dans la durée, si ce n’est pas des raisons d’efficacité, se sera pour des raisons sociologiques…
(1) ce livre http://boutique.pondaven.com/p/Faits-et-Foutaises-dans-le-management/11522217 est très instructif. Il donne un exemple ou pour améliorer les ventes d’une boutique genre fastfood, la direction décide de faire dire bonjour, au revoir … aux vendeurs. Ca semble est une bonne décision. Ils ont perdu des clients… en effet la queue est un peu plus longue et ce que veulent surtout les clients c’est que ça aille vite.
Essayer aurait permis d’éviter de faire une erreur… Le livre est instructif car il explique qu’il y a des écarts entre les modes du management et les réalités, personne n’essayant avant de déployer… Il n’y a pas que l’informatique qui souffre des modes et du manque de science,
(essayer pour vérifier la théorie avant de dire que ça marche ! et comparer… faire marcher ne veut rien dire si ca coûte dix fois le prix que cela devrait coûter !)
